Le livre-fiction  » Ecrit de Bujumbura  » Kamigaito Yoshikazu Sensei, Maître de Karaté Wado-Ryu

Le livre-fiction  » Ecrit de Bujumbura  » Kamigaito Yoshikazu Sensei , Maître de karaté Wado-Ryu, qui suit a été écrit par Monsieur Kamigaïto après qu’il ait quitté la Belgique. Il l’a présenté à un jury littéraire de la région de Hida, qui lui a décerné le premier prix.
Ce n’est pas un reportage, mais une œuvre de fiction; le karaté est avant tout l’occasion de découvrir un nouveau monde; ce n’est pas le sujet principal de cette histoire….

Le livre-fiction du Maître Kamigaito  » Ecrit de Bujumbura » a été inspiré probablement par ses deux voyages au Burundi où il dirigea de nombreux stages de Karaté notamment au Puma, club de karaté. Cela représente une autre facette importante du Maître Kamigaito et c’est pourquoi vous trouverez ce livre-fiction du Maître Kamigaito sous forme d’une vingtaine d’épisodes.

Traduction du Japonais et adaptation en Français: Jean-Maurice Huard

Version néerlandaise : Peter Keijers

Version allemande : Andréas Peil

Avant-propos

Le texte qui suit a été écrit par Monsieur Kamigaïto après qu’il ait quitté la Belgique. Il l’a présenté à un jury littéraire de la région de Hida, qui lui a décerné le premier prix.

Ce n’est pas un reportage, mais une œuvre de fiction ; le karaté est avant tout l’occasion de découvrir un nouveau monde ; ce n’est pas le sujet principal de cette histoire.

Dans le récit que fait son personnage qu’il appelle Sawada Yasuhiko, Monsieur Kamigaïto mêle un peu d’inventions aux souvenirs tirés de son second voyage au Burundi ; en effet, à la fin de l’année 1982 il est retourné seul au Burundi, après y avoir déjà passé deux mois entre la fin de 1981 et le début de 1982.

Peu d’entre nous le savent ou même s’en doutent, mais, à un talent certain, Monsieur Kamigaïto joignait une connaissance approfondie du japonais, et l’étendue de sa culture littéraire m’étonnait souvent ; sans rien d’abstrait ou d’académique d’ailleurs : il lisait sa vie en termes littéraires et ses lectures éclairaient sa vie.

Son récit « Depuis Bujumbura » paraîtra régulièrement sur le site créé par Xavier. La traduction en néerlandais est supervisée par Peter Keijers tandis que Andréas Peil s’est chargé de revoir la traduction en allemand.


Chapitre 1

Quand l’Afrique est-elle entrée dans ma vie ? se demande Yasuhiko Sawada.

Son avion a quitté Bruxelles au milieu de la nuit pour atteindre l’Afrique au petit jour et atterrir à Nairobi au Kenya à huit heures du matin. Il se souvient avoir regardé avec amusement par le hublot pour voir s’il n’y aurait pas un lion ou un zèbre….


Baranyanka Injimbere

Avant de proposer le Chapitre 2, voici la copie d’un mail très sympathique reçu il y a quelques années de la part d’un pratiquant Wado-Ryu ayant participé aux stages du Maître Kamigaito au Burundi dans les années 1980:

«  »Mail reçu d’un pratiquant Wado-Ryu ayant participé aux stages de maître Kamigaito au Burundi

Subject:                    Contact uit Burundi/Canada over meester Kamigaito

Date:                         zaterdag 12 juli 2008 19:37:26

———- Forwarded message ———-

From: Baranyanka Injimbere
Date: 2008/7/12

Subject: hello

To: tshintoleuven@gmail.com

Bonjour monsieur, je suis tellement étonné de voir qu’il y a des pratiquants qui se reconnaissent dans la méthode du grand Sensei YOSHIKAZU KAMIGAITO, laissez moi d’abord décliner mon identité, je suis un pratiquant du WADO RYU ,J’ai découvert cet art par le biais de mon oncle qui lui aussi l’a appris par l’un des élèves du grand SENSEI, c’est ainsi qu’en 1982 ,SENSEI vint au BURUNDI pour un stage et donna les tous premiers 1er dan à l’exception de mon oncle qui lui obtint la 2è dan comme Sempai, en 1984 il revint encore pour un autre stage ,ainsi nous avons connu sa méthode de travail à travers mon entraineur qui avait noué une grande amitié avec le Sensei.

Aujourd’hui je vis au Canada mais je pense que notre façon de travail est tellement différente des autres de telle manière que j’étais désespéré de ne plus retrouver cette ambiance qui faisait bouger tous nos Sempai et cadets, inutile de vous dire combien je suis ravi de savoir que je ne suis plus seul et que désormais je peut communiquer avec les autres personnes qui l’ont connu; le Sensei à continuer à communiquer avec mon Sensei jusque au début des années 2000, il lui a dit qu’il finirait ses jours dans une monastère, toutefois ,si vous avez une ou autre information faites moi signe je vous en serai reconnaissant du fond du coeur, nous avons toujours les petits livrets des katas pin-nan dessiné par le Sensei ,encore une fois merci et j’attends de vos nouvelles, passez une bonne journée. » »


Chapitre 2

(Lettre à mon maître de karaté)

Monsieur,

Comment allez-vous en cette fin d’année ?

Tous les jours je pense à vous écrire une chose ou l’autre, mais j’en reste à l’intention : j’espère que vous ne m’en tiendrez pas rigueur. Le hasard m’a poussé à faire un voyage dont j’avais seulement rêvé jusqu’à présent ; voilà que je me trouve dans la République du Burundi, une des sources du Nil, au centre de l’Afrique...


Chapitre 3

(Lettre à ma mère)

Chère Maman,

Comme je vous l’ai écrit dans ma lettre envoyée de Bruxelles, je suis au Burundi depuis trois jours. L’hôtel où je suis descendu se trouve au centre de la capitale, dans la principale rue commerçante.

Je suis tout content d’y trouver pour un prix modique les papayes et les mangues que nous mangions à Taiwan. Les poissons sont également délicieux, mais lorsque je demande leur nom, on me répond invariablement que ce sont des « puka-puka ».

Comme il fait très chaud, je ne me promène que le matin ; l’après-midi, je fais une sieste. A mon départ de Belgique, le sol était couvert de givre ; mon corps s’était préparé à l’hiver en accumulant de la graisse sous la peau ; aussi j’attends patiemment qu’elle disparaisse.

Beaucoup de choses m’attendent ici, mais pour l’instant je prends du bon temps ; ne vous faites donc pas de souci. A bientôt.

Bujumbura, le 16 décembre 1982

Quartier Kaohsiung de Taiwan dans lequel Maître Kamigaito a passé son enfance

Chapitre 4

Dans la salle d’entraînement, Sawada a compris qu’il allait devoir changer ses plans. Il avait en effet pensé consacrer les premiers jours à l’entraînement et réserver les examens pour la fin de son séjour. Mais après huit ans d’attente, les élèves voulaient enfin assister à la promotion des premières ceintures noires du pays ; cela, il le comprenait sans peine.

Les examens devaient avoir lieu dans les locaux de l’école primaire où le groupe s’entraînait d’habitude ; Sawada y était déjà allé une ou deux fois les regarder travailler. C’était une sorte de hangar sans porte ni fenêtre, constitué d’un toit de tôle et de trois parois de bois, construit dans un coin de la cour de récréation en prévision des jours de pluie ; bref, c’était le préau.

Arrivé sur place en taxi vers treize heures, Sawada ne s’était pas le moins du monde attendu à voir autant de spectateurs. Des milliers de visages noirs d’hommes et de femmes de tous âges, rassemblés dans la grande cour de récréation, formaient une marée humaine qui voulait assister à cet événement exceptionnel….


Chapitre 5

(A une jeune parente)
Chère Naoko

Le lendemain, les piliers du club de karaté avaient organisé un pique-nique en montagne ; dans le minibus nous étions au total à douze.Le pays se trouve en majeure partie sur un plateau situé à plus de 1 000 mètres, mais ce jour-là, nous sommes montés vers l’est, jusqu’à la ligne de partage des eaux située à 3 000 mètres au-dessus du niveau de la mer ; ensuite nous avons poursuivi notre route en direction de Gitega, la deuxième ville du pays (au Japon, on parlerait plutôt d’un village de montagne), située au beau milieu de la carte. Au total, le trajet a duré une dizaine d’heures. Comme Bujumbura se trouve presque à la frontière ouest, nous avons parcouru presque la moitié du pays en largeur. Ceci te donne une idée de sa taille


Chapitre 6

Arrivée à Gitega vers deux heures de l’après-midi. Le restaurant moderne, lumineux et élégant où il était prévu de manger était fermé. Mais Stany, l’un des membres du groupe, a surgi d’on ne sait où avec des caisses de boissons. De Bujumbura on n’avait emporté que du pain.

Les nombreux bâtiments blanchis donnaient à la région un caractère un peu occidental. Les églises et les écoles semblaient être bondées ; quelqu’un a dit que Stany y avait fait ses humanités. Après s’être garés un peu à l’écart par un chemin de terre carrossable, dans un vallon, ils ont déjeuné sur l’herbe… de pain sec.

Après le déjeuner, quelques-uns d’entre eux se sont mis torse nu et ont commencé à pratiquer le karaté. Sawada les a observés de loin à l’ombre d’un arbre. Les passants se sont arrêtés pour regarder, et comme pour le mettre en garde, les vieux, les jeunes, les hommes, les femmes et les enfants du village venus de la forêt se sont rassemblés sur le côté opposé de la route et commencèrent à observer la pratique de loin. Au bout d’un moment, un homme est sorti du groupe des spectateurs et a dit quelque chose aux jeunes pratiquants. Sawada a senti que l’ambiance changeait…


Chapitre 7

Il n’y avait plus d’eau depuis le matin,. Toute la ville était dans le cas. Difficile pour les hôtels et les restaurants d’assurer le service si ce genre d’incident se produit souvent. Sans doute était-ce la raison pour laquelle Sawada a dû se passer de déjeuner. Lorsqu’il est descendu vers 13 h 40, un jeune serveur pakistanais dont il avait fait la connaissance lui a dit : « Service terminé ! ».

« Dans combien de temps sert-on le repas de midi ?»

« Deux heures et demie ! »….


Chapitre 8

Il y a des jours où on se plonge avec délices dans sa pratique quotidienne, et d’autres où on n’en a pas envie.

Pour Sawada l’entraînement du jour était un vrai plaisir. D’habitude, il rassemblait tous les membres des trois clubs au milieu de la cour de l’école et les faisait travailler pendant une trentaine de minutes. Puis il répartissait les pratiquants en trois groupes distants de quelques dizaines de mètres sous le préau, et leur faisait poursuivre l’exercice sous la direction d’un aîné. Le travail en commun lui servait à introduire de nouvelles techniques ou de nouveaux concepts, tandis qu’en allant d’un groupe à l’autre, il pouvait superviser et corriger chaque groupe séparément.


Chapitre 9

Le directeur de l’hôtel s’est approché de Sawada, après avoir attendu la fin de son petit-déjeuner.

Le directeur : « Vous partez demain ? »

Sawada : « Non, le groupe de karaté en a discuté et a décidé de prolonger mon séjour d’un mois. »

Pour une raison quelconque, le directeur a eu l’air terriblement perplexe.

Le directeur : « Alors qui va payer les factures maintenant ? »

Sawada : « Est-ce que le Puma ne va pas les payer comme avant ? »

Le directeur : « Le gouvernement a payé la facture jusqu’à aujourd’hui, mais …… »

Son hésitation est palpable, mais il a fini par accepter lorsque Sawada lui a promis de lui envoyer Fidèle.

Cet incident a troublé sa promenade matinale. Dans ce pays, vivre à l’hôtel est un luxe. Par conséquent, même si le Puma compte de nombreux membres, l’idée de leur être à charge lui pesait. Non pas tant par peur de leur porter préjudice que par un sentiment de dette à leur égard. Mais lorsqu’il s’est rendu compte qu’il donnait bien plus qu’il ne recevait, il s’est senti manipulé. Tout bien considéré, il était plus que probable qu’un des membres du club ferait jouer ses relations pour faire payer le gouvernement. Dès lors, il ne s’est plus senti tenu à la sobriété. Dorénavant il choisirait les meilleurs plats à l’hôtel. Pour leur épargner la dépense, il avait payé de sa poche les billets d’avions : c’était une mauvaise idée. Il venait seulement de comprendre que c’est l’élite du pays qui fréquentait le Puma.

Chapitre 10

Aujourd’hui c’est dimanche : pas d’entraînement. Sawada a toute la journée pour lui ; il se réveille détendu.

Peu après quatorze heures, alors qu’il allait vers sa chambre, il a vu une porte ouverte ; à l’intérieur, un jeune blanc lui a fait signe d’entrer et lui a demandé : « Chinois ? »

« Non, japonais ! »

Il avait belle allure avec ses lunettes mais il semblait nerveux ; son tempérament sans doute ! On aurait pu trouver lui trouver le visage avenant, si ce n’est qu’il cachait mal une indifférence mêlée d’arrogance. Sawada a vite compris ce qui lui donnait cet air-là : la bouteille de whisky à moitié vide sur une table basse ! Il s’enivrait dès le matin. C’était un étudiant en économie politique de l’université de Gand ; lors d’un concours, il avait gagné une bourse d’études qui lui permettait de faire un séjour de trois mois dans le pays de son choix ; il avait choisi le Burundi.

Ce jeune homme lui avait fait une mauvaise impression dès son arrivée ; pour commencer, il avait ordonné à Augustin, le commis de l’hôtel (et l’assistant personnel de Sawada), de lui trouver une maison à louer avec gouvernante et gardien, en lui promettant un mois de salaire. À la surprise de Sawada, il avait ajouté : « Je veux que tu me trouves une fille belle, propre et avenante. »

Dessin du Burundi Yoshikazu Kamigaito